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Biographies des personnes honorées

Document d'information archivé

Biographies des personnes honorées

Cabinet du premier ministre

Aujourd'hui à Queen's Park, Kathleen Wynne, première ministre de l'Ontario, a rendu hommage aux personnes honorées suivantes de la Canadian Society of Yad Veshem.

Martin Baranek

Martin Baranek est né en 1930 à Wierzbnik en Pologne. Il a mené une vie heureuse jusqu'à ce l'Allemagne envahisse la Pologne en 1939. Martin et d'autres enfants juifs n'eurent plus le droit de fréquenter l'école. Peu de temps après, tous les Juifs furent obligés de se départir de leurs biens, de porter un brassard jaune et de déménager dans un ghetto bondé où les conditions empirèrent au fil du temps. 

En 1942, les Allemands se préparaient à éliminer les résidents du ghetto de Wierzbnik. Martin et ses parents avaient des permis de travail pour des manufactures locales. Toutefois, un officier allemand confisqua le permis de Martin et l'envoya dans la file d'attente des trains pour Treblinka. À la toute dernière minute, Martin s'échappa. Son jeune frère, Yechske, la plupart des autres membres de sa famille et la majorité des Juifs de la région furent transportés vers Treblinka, où ils furent assassinés.  

Martin se faufila dans un camp de travail du bois, où il retrouva sa mère et où il travailla comme esclave laboureur jusqu'en juillet 1944. Lui et son père furent transportés à Auschwitz-Birkenau, où il échappa de justesse la chambre à gaz. Tragiquement, son père ne fut pas aussi fortuné.

En janvier 1945, après avoir marché pendant des jours sous des températures en dessous de zéro, sans eau, sans nourriture ou sans abris, Martin et d'autres prisonniers arrivèrent au camp de Mauthausen en Autriche. Les maladies et la famine décimaient rapidement les prisonniers lorsque l'armée américaine les libéra en mai 1945. 

Martin partit pour la Palestine, où il s'est battu lors de la Guerre d'indépendance d'Israël. Il y a vécu pendant plusieurs années. La Croix-Rouge remit Martin en contact avec sa mère qui vivait au Canada. Ils se retrouvèrent en décembre 1949. Martin a tout d'abord travaillé dans l'industrie du vêtement. En 1953, Martin épousa Betty et ouvrit un supermarché. Il en a ouvert plusieurs avant de prendre une retraite.

Au cours de ses années de retraite, Martin s'est découvert une nouvelle passion lorsqu'un groupe de Toronto, composé d'enfants de survivantes et survivants de Wierzbnik, l'a approché en 2002 pour les guider dans un voyage en Pologne. Martin est retourné en Pologne à neuf reprises pour la March of the Living et il prévoit y aller à nouveau en 2014.

Martin et son épouse Betty ont le bonheur d'avoir quatre enfants et neuf petits-enfants.

Joe Betel

Joe Betel, le second de trois enfants, est né le 30 juin 1929. Il est le fils de Pinchas et de Bella Betel de Lodz en Pologne. Pinchas était un marchand de tissue et Bella une femme au foyer. La famille menait une vie confortable. Après l'école, Joe fréquentait l'école hébraïque et, les fins de semaine, sa famille allait souvent au cinéma. Joe a d'heureux souvenirs des étés passés à une maison de campagne.

Après l'invasion de Lodz par l'armée allemande, le père Joe a rassemblé sa famille et ils déménagèrent à Stopnica, qui était un petit patelin à la campagne. Ils évitèrent de justesse la déportation de la communauté juive au ghetto de Lodz. Lorsque la liquidation des Juifs de la campagne polonaise débuta, la famille a rejoint une communauté d'environ 80 Juifs dans la forêt de Strzegom. Vivant constamment dans la peur, ils souffrirent de la faim et des températures glaciales de l'hiver. En raison des conditions difficiles de vie dans la forêt, Sala, une sœur plus jeune de Joe, est morte à l'âge de six ans. La mère de Joe et une sœur plus âgée, Hanna, ont été assassinées au cours d'un raid des Nazis. Son père fut tué alors qu'il était à la recherche de nourriture.

À l'âge de 15 ans, Joe était orphelin. Au printemps de 1944, Joe, de même que huit autres survivants de la forêt de Strzegom, furent libérés par l'Armée rouge.

En 1946, Joe est déménagé en Israël. Il s'est battu lors de la Guerre d'indépendance d'Israël, contribuant ainsi à créer un état juif. Voulant retrouver sa famille, Joe s'est alors rendu à Londres en Angleterre où il est resté pendant trois mois avec un oncle.

Joe a immigré au Canada en 1951, où il a rencontré Carmela. Ils se sont épousés en 1956. Joe est passé du rembourrage de meubles à l'ouverture son propre magasin, Midtown Furniture, à Toronto.

Depuis sa retraite, Joe apprécie de jouer au golf et au tennis. Il contribue à plusieurs organismes de charité et hôpitaux. Il est un grand supporteur du Yad Vashem d'Israël et de la Canadian Society for Yad Vashem.

Joe et Carmela ont trois enfants et 10 petits-enfants.

Helen Bleeman

Helen Malinowitzer est née à Dąbrowa de Gόrnicza en Pologne. Cadette d'une famille de huit enfants, Helen aidait sa mère à la maison et son père dans sa boutique de boucher.

En 1941, Helen, à la fin de son adolescence, a été envoyée au camp de travail Grünberg en Allemagne. Pendant quatre ans, elle a été forcée de travailler dans une manufacture d'uniformes pour les soldats allemands. Son alimentation quotidienne consistait d'une seule tranche de pain ou d'un bol d'eau avec quelques pelures de pommes de terre.

En janvier 1945, alors que les alliés progressaient, le camp Grünberg fut fermé et les prisonniers entreprirent la marche de la mort vers la Tchécoslovaquie. Helen a marché pendant quatre mois, se reposant seulement lorsque les soldats étaient épuisés. Elle a survécu à des températures glaciales, vêtue très légèrement avec des chaussures qui étaient maintenues par des bouts de tissue. Elle n'avait pratiquement rien à manger et seulement de la neige à boire.

Elle est encore hantée par de terribles souvenirs où elle se réveille à de nombreuses occasions pour découvrir que des amis étaient morts à côté d'elle.

En mai 1945, les troupes américains ont libéré Helen et ses amis prisonniers. Helen fut alors hospitalisée et a dû subir une chirurgie suite aux abus qu'elle avait subis. 

Des trois sœurs et des quatre frères de Helen, seul un frère a survécu à l'Holocauste. 

Helen a rencontré son futur époux, Harry Bleeman, dans un camp pour personnes déplacées de Munich en Allemagne. Harry a survécu à bon nombre de camps, dont Auschwitz-Birkenau. Le couple a vécu trois ans à Munich, où ils ont eu leur premier enfant, David.

C'est en 1951 que la famille a émigré à Toronto au Canada. Le deuxième enfant de Helen et Harry,  Renee, est né à Toronto. Helen et Harry ont travaillé très fort pour s'assurer que leurs enfants aient une bonne vie. Helen s'est consacrée à prendre soin de sa famille.

Après le décès de Harry en 1987, Helen a utilisé ses talents en tant que gardienne d'enfants pour de grandes familles orthodoxes.

De nos jours, Helen aime jouer aux cartes et fait partie de la Zaglembiery Society, qui est un organisme de charité. Elle vit entourée de ses chers enfants, de cinq petits-enfants et de sept arrières petits enfants.

Judy Cohen

Née à Debrecen en Hongrie en 1928, Judit Weissenberg était la cadette de sept enfants d'une famille juive orthodoxe. Lorsque les troupes allemandes ont envahi son village, Judit, qui avait alors 15 ans, n'a pas été en mesure de compléter son secondaire en raison des restrictions imposées aux Juifs. Sa famille fut forcée de donner des meubles, des tapis et de l'argent.

En Juin 1944, Judit et la plupart des membres de sa famille furent forcés de déambuler dans les rues alors que les voisins riaient. Entassée dans des voitures à bestiaux pendant plusieurs jours, la famille de Judit fut déportée à Auschwitz-Birkenau. C'est là que Judit et ses sœurs furent séparées de leur mère sans avoir la chance de lui dire adieux. Sa sœur ainée, Erzsébet, déchira suffisamment de sa chemise de nuit pour faire quatre foulards pour que ses sœurs puissent couvrir leur tête récemment rasée et se sentir un peu plus humaine.

Bien que Judit survécut à plusieurs camps et à la marche de la mort, ses parents, ses quatre frères et sœurs, une belle-sœur, un neveu en bas âge et la plupart des autres membres de sa famille furent assassinés. Après avoir été libérée par l'armée américaine, Judit, qui portait maintenant le nom de Judy, passa deux années dans le camp pour les personnes déplacées de Bergen-Belsen avec deux membres de sa famille.

Après avoir immigré au Canada en 1948, Judy travailla au sein de l'industrie du vêtement de Montréal. Après avoir fréquenté une école de commerce, elle commença à travailler dans un bureau. Judy pris pour époux Sidney Jessel Cohen à Montréal et, ensemble, eurent deux enfants, Michelle et Jonathan. En 1961, le couple déménagea à Toronto. Judy a été l'un des parents pionniers qui a aidé à mettre sur pied des écoles publiques d'immersion en français à Toronto. Après avoir suivi divers cours d'études postsecondaires, elle a travaillé pendant plusieurs années dans une firme de relations publiques.

Depuis sa retraite, Judy fait du bénévolat auprès des patients atteints de la maladie d'Alzheimer à Baycrest. Elle a été coprésidente du Bureau des conférenciers du Holocaust Education Centre de Toronto et est l'initiatrice de même que présidente de l'exposition permanente de ce 

centre intitulée We Who Survived, qui documente la vie de 89 survivants et survivantes. Elle a fréquemment pris la parole à propos de l'Holocauste et du racisme dans les écoles et lors de rassemblements spéciaux. Elle a également créé le site Web Women and the Holocaust.

Alzbeta Friedmann

Alzbeta était l'un des cinq enfants nés dans une famille très influente et aristocratique. Son père, Herman Grosshandler, était un important propriétaire terrien et un employeur de la région de  Zemplinsky Branc en Slovaquie.

Alzbeta a survécu à l'Holocauste avec des faux documents, travaillant sur les fermes, se cachant dans les silos et vivant avec des sympathisants dans les montagnes. Toutefois, Herman refusait fièrement de vivre sous un faux nom rappelant qu'il était né juif et qu'il allait mourir juif. Herman fut capturé par les Nazis, qui lui demandent : « Êtes-vous juif? » En répliquant oui, il fit abattu sur le champ. Les deux jeunes frères d'Alzbeta, Leo et Richard, périrent également dans l'Holocauste.

Après la guerre, Alzbeta a épousé Samuel Friedmann, qui est également un survivant de l'Holocauste et d'un camp de concentration. Ensemble, ils ont refait leur vie. Leurs fils, Peter et George, sont respectivement nés en 1949 et en 1955. Alzbeta est retournée aux études et a obtenu un diplôme en économie. Lorsque les Russes ont envahi la Tchécoslovaquie en 1968, Alzbeta et Samuel décidèrent d'immigrer au Canada.

Au Canada, Alzbeta a passé les dix premières années à travailler de longues heures dans des emplois de commerce au détail. Malheureusement, Samuel devint rapidement malade, laissant Alzbeta comme seul soutien de famille. Elle a soigné son mari malade pendant cinq ans. Après le décès de Samuel en 1976, Alzbeta a ouvert un café, donnant du travail à d'autres et contribuant à la croissance économique du Canada tout en veillant sur ses fils. Elle a continué à travailler jusqu'à l'âge de 72 ans en raison de son désir de contribuer à la société.

Malgré les nombreux problèmes que Alzbeta a dû surmonter, elle n'a jamais cessé de faire preuve de détermination et de dévouement. Jusqu'à ce jour, elle a offert plus d'aide à autrui qu'elle n'en a jamais reçue. Elle est la grand-mère chérie de Jason, Samantha, Michael et David, à qui elle est aussi une grande source d'histoire. Alzbeta croit qu'elle a l'obligation d'éduquer les autres à propos du passé de telle sorte que les générations futures soient équipées pour créer un monde meilleur.

Frank Junger

Frank Junger est né en 1930 à Valea Lui Mihai, en Roumanie. Ses parents étaient propriétaires terriens et gens d'affaires. En 1936, les Roumains dépossédèrent sa famille de la plus grande partie de ses terres. En 1944, alors âgé de 14 ans, Frank est à l'école quand les Allemands viennent occuper son village natal. Peu après cela, il est déporté vers un ghetto en Hongrie, et ensuite vers une succession de camps de concentration : Auschwitz-Birkenau, Gunskirchen, Melk et Mauthausen.

Tandis que Frank endure des atrocités qui dépassent l'entendement, un geste de compassion de son ami proche, qui lui donne une paire de sous-vêtements longs pour le tenir au chaud, est vraisemblablement ce qui lui sauve la vie. Après sa libération par les forces américainesen 1945, Frank découvre que, sur les 1 760 Juifs de sa commune, seuls 56 ont survécu; ses parents sont au nombre des personnes assassinées.

Après avoir vécu chez un oncle de 1945 à 1949, Frank choisit de s'établir au Canada, dont on dit que c'est un pays prospère et paisible. Au Canada, Frank travaille d'abord dans l'industrie 

automobile puis, plus tard, dans une boulangerie. Lors de ses déplacements pour vendre des pâtisseries, Frank fait la connaissance de George Bick et, en 1951, il devient copropriétaire et distributeur de Bick's Pickles.

Frank épouse Eliane Ligeti à New York en avril 1962. Ensemble, ils ont deux enfants, Steven et Kathryn, ainsi que trois petits-enfants.

Frank a mis de nombreuses années avant de parler des expériences épouvantables qu'il a vécues durant l'Holocauste, mais lorsqu'il a pris sa retraite, il a commencé à donner régulièrement des conférences par l'entremise du comité d'éducation sur l'Holocauste et du bureau des conférenciers de l'Holocauste de l'UJA Federation de Hamilton, et c'est ainsi qu'au cours des 15 dernières années il s'est adressé à des milliers d'étudiants. Lorsqu'il partage son expérience avec eux, Frank leur dit ceci : « Ceux qui oublient le passé sont voués à le répéter ». Frank fait tout pour que jamais on n'oublie l'Holocauste.

Fay Kieffer

Fay Wolpianska est née en 1928 à Bieniekonie, en Pologne. Son enfance heureuse est secouée en juin 1941 quand les nazis débarquent dans son village. Au lieu d'aller à l'école, Fay, qui n'a alors que 13 ans, est forcée à poser des dormants de chemin de fer dans un camp de travail. En rentrant chez elle un jour, elle découvre que sa famille a disparu. Fay se rappelle : « On ne savait pas quelles bêtes nous terrifiaient le plus - les loups qui hurlaient au loin, ou ces humains aux yeux remplis de peur et de haine. »

Fay passe des mois à mendier de la nourriture et un refuge. Elle se cache dans les granges, les bois et les champs. Jeune adolescente, elle est brutalement violée puis infestée de poux et, quand ses bottes deviennent trop usées, elle est contrainte de marcher pieds nus dans la neige. Pendant deux ans, Fay reste en fuite. Lorsque les partisans la trouvent, ses pieds sont gelés sous le tissu qui les recouvre et sa peau se décolle avec le tissu. Après une longue et douloureuse convalescence sans médicaments, Fay reste avec les partisans, aidant les malades et les blessés.

Après sa libération en 1944, Fay retourne dans son village natal et apprend que sur les 600 Juifs qui ont vécu là-bas, seuls 14 ont survécu. Son père a été assassiné dans un camp en Estonie, son frère et sa sœur ont péri par le gaz à Auschwitz.

Fay débarque à Toronto en 1948, où sa mère la rejoint l'année suivante. Fay épouse Moritz Kieffer en 1952. Ensemble, ils ont deux fils, Norman et Rudy, ainsi que deux petits‑enfants.

Aujourd'hui, malgré une santé qui se dégrade et le vide laissé par les membres de sa famille qui ont péri dans l'Holocauste et par la mort de son mari, Fay reste optimiste. Elle souligne le mérite de son jeune frère, qui l'a fait continuer quand la vie semblait sans espoir durant l'Holocauste. Il l'implorait : « Tu dois survivre pour raconter l'histoire. » En effet, Fay a présenté son récit dans différentes écoles de la RGT et ainsi touché le cœur et l'esprit de nombreux jeunes. Le conseil qu'elle leur donne est celui‑ci : « Soyez fiers de qui vous êtes et n'oubliez pas ce que vos parents ont vécu du seul fait qu'ils étaient juifs. »

Joe Leinburd

Joe Leinburd est né en 1922 à Suceava, en Roumanie, dans une famille de musiciens. Joe devient un violoniste accompli. De plus, il parle le yiddish, l'allemand et le roumain et comprend le russe.

En 1939, alors âgé de 17 ans, Joe joue au volleyball avec des amis quand il entend annoncer à la radio que l'Allemagne a envahi la Pologne. Deux ans plus tard, tous les Juifs de Suceava reçoivent l'ordre de quitter leurs maisons avec les biens qu'ils peuvent porter. À la gare ferroviaire, de 80 à 100 personnes sont entassées dans chaque wagon destiné au transport des bestiaux avant que les portes claquent et soient verrouillées de l'extérieur.

Au terme de ce voyage effroyable, Joe et les autres passagers, épuisés, affamés et très désorientés, parviennent à peine à se tenir debout. Joe voit des champs jonchés de cadavres. Dans le village d'Ataki dévasté par les bombardements, ils rencontrent les survivants des convois précédents, couverts de haillons et errant sans but. Des soldats roumains conduisent Joe et les autres à Murafa. Les responsables leur déclarent : « C'est ici que vous allez vivre ou mourir ». Joe et sa famille trouvent une famille juive avec qui le père de Joe troque une partie de ses biens contre une pièce de 100 pieds carrés sans eau courante, chauffage, plomberie ni électricité, pas même de toilettes extérieures. La famille échange également des biens contre de la nourriture pour survivre.

Joe et sa famille sont libérés par l'armée soviétique en mars 1944. À Suceava,Joe rencontre Claretta et le couple se marie en 1946. Après leur départ de Roumanie, qui est sous le régime communiste, ils passent près de trois ans dans des camps de personnes déplacées, en Autriche et en Italie. Malgré le rêve qu'il caressait autrefois d'exercer la médecine, Joe suit un cours de création de vêtements pour hommes et ensuite un cours de mécanique pour être admissible à l'immigration canadienne.  

À leur arrivée à Winnipeg en avril 1949, Joe et Claretta travaillent chez divers confectionneurs de vêtements. En 1961, la famille s'installe à Calgary, où Joe ouvre son propre atelier. Les chemises Western qui y sont confectionnées sont expédiées partout au Canada et exportées vers d'autres pays. Joe et Claretta déménagent à Toronto en 1997 pour se rapprocher de leurs deux enfants et de leurs quatre petits‑enfants.

 « Nous souhaitons, du plus profond de notre être, transmettre aux générations futures ce que nous avons vécu durant cette sombre période [...], explique Joe. Nous, survivants [...], sommes bénéficiaires d'un legs qui éclaire notre identité juive et qui peut contribuer à notre renaissance et à notre raison d'être. Nous sommes juifs malgré l'Holocauste et non à cause de lui. »

Bill Nightingale

Bill Nightingale, cadet d'une famille de sept enfants, est né en 1924 à Klobuck, en Pologne. Il mène une vie confortable avec sa famille nombreuse et aimante. Avant la guerre, Bill travaille comme apprenti à la cordonnerie de son père.

Durant l'Holocauste, Bill endure des horreurs inimaginables dans cinq camps de travail servile. Il perd presque toute sa famille et la quasi-totalité de ses biens. En 1947, deux ans après la guerre, Bill obtient le droit de quitter la Pologne et d'émigrer au Canada.

Ne connaissant pas un mot d'anglais et n'ayant pour tout vêtement que ceux qu'il porte sur son dos, il commence à reconstruire sa vie. Il s'installe provisoirement dans le Nord de l'Ontario, où il exécute à la hache du travail de bûcheron. Parti s'établir à Toronto en 1950, Bill reprend le métier de cordonnier, cette fois dans sa propre boutique. Après avoir épousé Frances Goldman, il déménage à London (Ontario) en 1952 pour y fonder une famille. Frances et lui ont le bonheur d'avoir deux enfants, Howard et Rochelle. À London, Bill se lance en affaires avec un parent qui tient une épicerie. Il travaille comme boucher à l'épicerie jusqu'au moment de sa vente. En 1971, Bill ouvre un magasin de petite taille, mais florissant, où il passe le reste de sa vie active. Au moment où sa femme tombe malade, en 1998, il décide que le moment est venu de prendre 

sa retraite et de s'occuper d'elle. Après la mort de celle‑ci en 1999, Bill vend le magasin et s'installe dans la RGT pour se rapprocher de ses cinq petits‑enfants. 

À 89 ans, Bill est un modèle pour ses petits‑enfants. Il est toujours souriant et courtois envers tous. Très actif et en bonne forme, il a acquis une certaine notoriété auprès des personnes âgées de la communauté juive pour ses talents de danseur. Surnommé « Happy Feet », Bill est souvent complimenté pour son pas agile et reçoit de nombreuses invitations à danser. Très généreux et reconnaissant de la vie qu'il a, Bill est très proche de sa famille, a de nombreux amis intimes et mène une vie joyeuse avec celle qui, assurément, est sa compagne depuis près de dix ans. Bien que dans sa vie il ait traversé des épreuves inexprimables, il continue à mener une vie positive, dynamique et inspirante.

Rose Zimmerman

Née en 1926 à Dąbrowa Gόrnicza en Pologne, Rozia Gliksztajn vivait heureuse au sein d'une famille nombreuse. Avec ses parents, Sylvia et Jacob, ainsi que six sœurs et deux frères, elle vivait dans une ferme où elle aimait monter les chevaux.

À l'âge de 13 ans, Rozia rentre chez elle après l'école et trouve sa mère en train d'allumer les bougies du shabbat en pleurant. Quand Rozia apprend que les nazis ont emmené ses frères dans un camp de travail, elle supplie les soldats à la porte de renvoyer ses frères à la maison, proposant d'y aller à leur place. Elle est envoyée à Auschwitz-Birkenau, où la chair de son bras est marquée d'un numéro et où elle est contrainte de travailler dans une usine pendant de longues heures tous les jours. Son travail consiste à vérifier le bon fonctionnement de toutes les machines à coudre sur lesquelles les uniformes des nazis sont confectionnés. Sans sa famille qui lui manque et avec la faim qui ne la quitte jamais, Rozia verse en silence des torrents de larmes.

Plusieurs années plus tard, Rozia est emmenée à Bergen-Belsen, où elle rencontre Ziga Zimmerman, qui lui redonne l'espoir. « Il m'a sauvé la vie », affirme-t-elle.

De la famille nombreuse de Rozia, une sœur seulement a survécu.

Après leur libération par les Russes, Rozia et Ziga se marient. C'était en 1945. Ils restent quelques années à Bergen-Belsen, qui est devenu un camp de personnes déplacées. C'est là-bas que naît leur première fille, Sylvia. Ils partent vivre en Israël en 1948, où ils restent cinq ans et où leur fils Jackie voit le jour.

En 1953, la famille arrive à Toronto. Ziga travaille comme peintre tandis que Rozia, qui se fait maintenant appeler Rose, se consacre à sa famille. Ils ont une deuxième fille, Gloria. Leur fils Jackie perd la vie de manière tragique dans un accident. Leur fille cadette, Helen, vient au monde quelques années plus tard.

Bubie Rose, comme on l'appelle désormais, est une femme robuste qui se dévoue pour ses enfants et ses cinq petits‑enfants, qu'elle a gardés et pour qui elle a fait la cuisine et tricoté des couvertures. Elle a aidé à éduquer les jeunes sur l'Holocauste en parlant de ses expériences dans les écoles. Récemment, Rose a accueilli un arrière-petit‑fils dans sa famille, qui a reçu le nom de son mari bien‑aimé, à présent disparu.

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