Salle de presse du gouvernement de l'Ontario

Allocution de la première ministre à la Commission de vérité et réconciliation

Discours

Allocution de la première ministre à la Commission de vérité et réconciliation

Pour commencer, je souhaite saluer le fait que nous soyons réunis sur le territoire traditionnel des Algonquins et des Anishinaabe et reconnaître la longue histoire des membres des Premières Nations et des Métis en Ontario, en leur témoignant mon respect.

Monsieur le chef Joseph, monsieur le juge Sinclair, monsieur le maire Watson, monsieur le ministre Zimmer, mesdames et messieurs les survivantes et survivants, mes chers compatriotes...

C'est un honneur d'avoir marché avec vous toutes et tous cet après-midi.

Nous formons un groupe de personnes diverses et souvent séparées par la distance géographique, par nos cultures respectives, nos institutions et les événements troubles de notre passé, mais nous sommes réunis aujourd'hui. Nous sommes réunis parce que le moment l'exige - un moment où nous reconnaissons les tristes vérités de notre passé...

Un moment où nous renouvelons également notre engagement à vivre ensemble, sur cette terre, en nous fondant sur les principes de confiance, de respect mutuel et de bénéfices partagés.

Merci à toutes et à tous de votre présence.

Je suis ici en tant que première ministre de l'Ontario et en tant que témoin - je suis ici pour écouter les récits des survivants et pour les remercier d'avoir eu la force de rappeler ces sombres chapitres de notre histoire. Je suis ici pour réaffirmer l'engagement de la province de l'Ontario envers la réconciliation - notre engagement à reconnaître véritablement les horreurs du passé, à soutenir les survivants, à donner aux communautés terrifiées par l'héritage des pensionnats la possibilité de faire entendre leur voix afin qu'elles puissent reconstituer leurs forces, et notre engagement à établir des relations de confiance avec les partenaires autochtones.

Mais je suis aussi ici en tant que citoyenne du Canada, en tant que descendante des peuples colonisateurs et en tant que fille, mère et grand-mère.

Ce sont toutes ces identités et tous ces privilèges combinés et aussi le fait que j'occupe la fonction de première ministre de l'Ontario qui font que je suis également ici pour porter le deuil, éprouver des remords et ouvrir mon cœur à l'angoisse, aux fardeaux que les peuples autochtones du Canada ont trop longtemps porté seuls.

J'aimerais tout d'abord rendre hommage aux survivants, aux personnes qui ont subi des violences de nature affective, physique et sexuelle dans les pensionnats. C'est avec une infinie tristesse que j'ai écouté vos histoires. Je tiens à vous remercier d'avoir eu la force de les partager. Dans les témoignages que la Commission de vérité et réconciliation a recueillis, vous nous avez offert, à nous toutes et tous, un récit fidèle de ce chapitre de notre histoire commune.

Ce faisant, vous honorez les victimes qui n'ont pas survécu et qui n'ont pas eu la chance de voir ces vérités reconnues ou ce processus de réconciliation entamé, et vous rendez hommage à leurs descendants parce que, grâce à ce témoignage, nous pouvons commencer à combattre ce sentiment d'impuissance, ces violences et ces abus commis dans les pensionnats, un mal extrêmement insidieux et pandémique qui a laissé des traces pendant des générations.

Comme Madeleine Dion Stout l'a écrit dans son recueil de témoignages des survivants intitulé « Speaking My Truth », « en tant que survivants, nous restons vulnérables pendant toute notre vie et pendant des générations ».

En effet, le processus de réconciliation ne concerne pas simplement ce qui s'est produit dans le passé. Les survivants ont dû supporter un fardeau tellement lourd que, trop souvent, ils l'ont transmis à leurs enfants et petits-enfants. En enterrant ces vérités, nous permettons aux échos de la violence et de la vulnérabilité de résonner dans toute la société.

L'épidémie de femmes autochtones disparues et assassinées dans tout le Canada...

La surreprésentation des peuples autochtones dans nos prisons et leur sous-représentation au sein des jurys, des facultés de droit et de la magistrature...

Les promesses non tenues et les échecs de la Couronne qui n'a pas su respecter ses obligations en vertu des traités...

Et les attitudes persistantes de racisme et de marginalisation qui sont l'héritage de notre passé colonial, un passé au cours duquel notre pays a pratiqué des abus et encouragé une assimilation sanctionnés par l'État en tant que série de politiques visant à déposséder et à détruire des peuples tout entier et leurs modes de vie.

Comme la juge en chef Beverley McLachlin l'a mentionné la semaine dernière, nous devons utiliser la langue du 21e siècle pour qualifier cet épisode de ce qu'il a vraiment été, soit une tentative de génocide culturel. Nous ne pouvons pas changer ce passé, mais en le mettant au jour et en comprenant vraiment sa signification, nous pouvons nous donner les moyens de changer l'avenir.

C'est pourquoi ce moment que nous partageons, soit la fin de la Commission de vérité et réconciliation elle-même, ne nous offre pas seulement l'occasion de nous rapprocher les uns des autres. Il nous permet d'établir un lien entre les générations. Nous sommes ici pour honorer des personnes qui nous ont précédés, des personnes que nous ne pouvons pas rencontrer mais qui font tout autant partie de notre périple vers la réconciliation.

Comme il s'agit d'un périple, d'un périple qui fera de notre pays un endroit où il fera encore mieux vivre pour les générations à venir, nous sommes reliés à cet instant aux générations futures qui entendront bien plus tard l'écho de nos voix. Elles entendront l'écho de ce moment et de tous ceux qui suivront. Mais ceci ne se produira que si nous parvenons à faire prendre conscience à toutes les composantes de la société non pas seulement de ces vérités passées mais également de la présence des injustices commises par le passé dans les inégalités d'aujourd'hui.

En Ontario, ce travail a commencé. En collaboration avec des partenaires autochtones, l'Ontario a révisé son curriculum afin d'augmenter les occasions pour les élèves de se renseigner sur l'expérience vécue dans les pensionnats. Pour ce faire, nous avons adopté une démarche qui rend hommage aux survivants, qui encourage la réflexion critique et qui nous fait comprendre les conséquences à court terme comme à long terme des pensionnats.

L'histoire est une histoire que nous nous racontons pour expliquer comment nous en sommes arrivés là et pour savoir ce vers quoi nous nous dirigeons. Ce récit est puissant et il est porteur d'identité. En tant que politique sociale canadienne, l'identité a été volée aux enfants des pensionnats.

Si nous ne disons pas à tous les enfants et à tous les Canadiens et Canadiennes la vérité sur la colonisation, la vérité sur le fait que les peuples autochtones ont aidé les Européens à survivre et à s'épanouir, la vérité sur les traités, les promesses non tenues et les familles brisées, si nous ne leur expliquons pas tout cela, la méfiance et le manque de respect profondément ancrés, qui sont le legs de la colonisation et des pensionnats, continueront de résonner.

Par conséquent, l'Ontario collabore aussi pour faire respecter les traités qui ont été conclus par nos ancêtres et par la Couronne, afin que l'ensemble de la population soit consciente du rôle important que les traités continuent de jouer dans nos vies.

Dans le cadre de la stratégie concernant les traités, nous avons remis une carte des Premières Nations et traités à chaque école publique de l'Ontario. En collaboration avec les communautés et organismes autochtones, une campagne de sensibilisation du public élargie est prévue pour faire connaître les traités à tous les Ontariens et Ontariennes, de même que leur signification. En nouant des partenariats avec les communautés autochtones, nous agissons pour redonner à vos voix la place qu'elles méritent au sein des politiques et des processus décisionnels gouvernementaux. Il s'agit de mesures qui offrent au partenaires autochtones la possibilité de concevoir des programmes et des services axés sur la communauté et culturellement adaptés qui renforcent le bien-être et la résilience des Premières Nations, des Métis et des Inuits de tout l'Ontario.

Il est encourageant de voir d'autres provinces prendre des mesures similaires parce que, bien que le gouvernement fédéral se soit excusé, les excuses ont des limites. Pour conférer tout leur sens à ces mots, pour leur donner vie et leur permettre d'exercer une influence positive sur la vie des gens, les gouvernements doivent œuvrer au démantèlement du système de répression qu'ils ont mis des siècles à construire. Le processus de vérité et réconciliation nous a mieux armés pour procéder à ce démantèlement, pour devenir cette force du bien que le gouvernement peut et doit, selon moi, devenir.

Notre périple vers la réconciliation englobe beaucoup de choses : le deuil, l'apprentissage, la compréhension, la guérison. Mais c'est par-dessus tout une question de respect. Il faut que nous apprenions à marcher ensemble, à marcher ensemble aujourd'hui pour rendre hommage aux personnes qui ont été traumatisées par l'expérience des pensionnats canadiens et pour vous remercier d'avoir partagé vos expériences. Nous devons nous diriger vers l'avenir ensemble pour nouer un partenariat solide qui sera basé sur le respect mutuel et l'équité.

Merci. Thank you. Meegwetch.

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