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Déclaration concernant l'engagement pris par l'Ontario envers la réconciliation avec les peuples autochtones

Discours archivé

Déclaration concernant l'engagement pris par l'Ontario envers la réconciliation avec les peuples autochtones

Cabinet du premier ministre

Je vous remercie, Monsieur le Président. Si je prends la parole aujourd'hui, c'est pour faire la promesse, à la fois à titre personnel en tant que première ministre et au nom du gouvernement de l'Ontario, que nous serons des partenaires à part entière des peuples autochtones sur le chemin de la réconciliation et du ressourcement.

J'aimerais commencer par remercier les autres parties de leur coopération pour convoquer cette assemblée extraordinaire, et par saluer les personnes dont la présence rend cette journée historique et porteuse d'espoir.

Le chef régional de l'Ontario, Isadore Day, et les autres chefs présents; La présidente de Métis Nation of Ontario, Margaret Froh; La présidente de l'Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres, Sheila McMahon; La présidente de l'Ontario Native Women's Association et de l'Association des femmes autochtones du Canada, Dawn Lavell-Harvard; Le président d'Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed; Le sage cri rescapé des pensionnats, Andrew Wesley; Et l'ensemble des rescapés des pensionnats, des dirigeants et des jeunes autochtones présents parmi nous aujourd'hui.

Je tiens également à remercier le sage Jim Dumont pour sa prière d'ouverture en compagnie de la sage Shelley Charles, ainsi que la sénatrice métisse Verna Porter-Brunelle, qui dira une prière de clôture. Je veux remercier tous les jeunes et dirigeants autochtones d'être ici aujourd'hui afin de nous aider à franchir cette étape de notre cheminement vers la réconciliation.

Les peuples autochtones sont les occupants originels de ce pays que nous appelons l'Ontario. Pendant des milliers d'années, ils ont développé des langues, des cultures, des économies et des modes de vie distincts. Du fait de cette longue histoire, nous sommes réunis dans un lieu de rassemblement traditionnel et sacré pour de nombreux peuples de l'île de la Tortue. Je respecte cela, et je tiens à le montrer en reconnaissant que nous nous trouvons sur le territoire traditionnel de plusieurs nations autochtones et en rendant un hommage particulier aux Mississaugas de New Credit, ainsi qu'en saluant l'histoire et les contributions des peuples des Premières Nations, des Inuits et des Métis.

Notre histoire commune débute il y a près de 400 ans. Lorsque les premiers Européens arrivent, la généreuse collaboration des peuples autochtones leur permet de fonder des établissements et des entreprises prospères. En 1763, la Proclamation royale confirme l'occupation originelle des terres par les peuples autochtones et ouvre la voie à la négociation et la signature de traités entre ces peuples et la Couronne britannique de nation à nation, dans une optique de bénéfices mutuels.

En Ontario, la plupart de ces événements ont eu lieu il y a des centaines d'années. Pour certains d'entre nous, sept générations d'écart semblent suffire à estomper le lien. Pourtant, nous savons que l'histoire façonne toujours notre présent. Pour d'autres, les traités font partie de l'histoire qui conditionne notre prospérité. Les traités nous ont octroyé des terres où vivre et de l'eau pour étancher notre soif. Ils constituent les fondements ayant permis à notre courte histoire de se dérouler, histoire qui a vu chaque génération se bâtir une vie meilleure en s'appuyant sur les réalisations du passé. Mais ce n'est qu'un pan de notre histoire.

Pour les peuples autochtones de l'Ontario, cette même histoire a engendré une toute autre réalité. En dépit de la promesse des premiers traités et des partenariats respectueux qu'ils établissent entre nations, ils deviennent la cible de politiques colonialistes conçues pour les exploiter, les assimiler et les anéantir. Ancrées dans le racisme, la violence et la duperie, ces politiques se montrent d'une efficacité dévastatrice, privant des communautés entières de leurs pouvoirs et de leurs droits.

Lorsque le Canada devient un pays, il y a 149 ans, l'héritage du colonialisme brutal ne fait que prendre de l'ampleur. D'un océan à l'autre, le système des pensionnats entreprend de « faire sortir l'Indien de l'enfant », en arrachant les enfants autochtones à leur foyer pour les dépouiller systématiquement de leur langue, de leur culture, de leurs lois et de leurs droits. Ces enfants sont maltraités physiquement, émotionnellement et sexuellement. Nombre d'entre eux sont morts.

Ces histoires déchirantes font peine à entendre. Pour des générations d'Autochtones, ce sont celles de leur vie.

Les pensionnats canadiens sont fermés, mais ils ne le sont même pas depuis une génération. Les échos de leur caractère raciste et colonialiste résonnent encore, de même que les répercussions de l'effort intergénérationnel d'une société tout entière pour commettre un génocide culturel affectent toujours fortement et douloureusement la vie des Autochtones. Peu importe la façon d'évaluer les perspectives et la sécurité d'une personne dans la vie, un fossé dérangeant sépare la population autochtone de la population non autochtone. Ce fossé a été creusé par un pays ayant maltraité et trahi ses peuples autochtones. Ce fossé aspire la vie et étouffe l'espoir à travers les générations. Longtemps, les appels à la justice des peuples autochtones ne sont pas parvenus à franchir ce gouffre béant parce que le Canada refusait de les entendre. C'est grâce à la résilience de celles et ceux qui ont subi les abus du passé que nous écoutons enfin. Merci d'avoir trouvé la force et le courage de vous manifester et de raconter vos histoires et celles des personnes que nous avons perdues. En nous ouvrant les yeux, vous nous avez donné cette chance de continuer en tant que partenaires, de même que la possibilité de dire que nous sommes désolés.

Je tiens donc, avant de poursuivre, à témoigner mon respect à tous les rescapés et à toutes les victimes en présentant des excuses officielles pour les abus du passé.

À titre de première ministre, je m'excuse pour les politiques et les pratiques soutenues par les gouvernements du passé et pour tout le mal qu'elles ont causé. Je m'excuse pour le silence de la province face aux abus et aux décès dans les pensionnats. Et je m'excuse du fait que les pensionnats ne constituent qu'un exemple des injustices systémiques et intergénérationnelles infligées aux communautés autochtones dans tout le Canada.

En adoptant des politiques conçues pour éradiquer vos cultures et étouffer vos revendications légitimes, les générations précédentes ont généré une force si destructrice que ses répercussions continuent de se faire sentir de nos jours.

C'est pourquoi je tiens à demander pardon pour tout, en déclarant que je suis désolée pour le mal perpétuel causé aux Autochtones, à leurs familles et à leurs communautés par des générations d'abus.

À titre de première ministre, je présente nos excuses pour les abus et trahisons du passé et pour le mal qu'ils continuent à causer dans la vie des Autochtones aujourd'hui.

De la même façon qu'aucune excuse ne changera le passé, l'acte de demander pardon ne saurait modifier l'avenir à lui seul. En présentant ces excuses, comme en élaborant l'accord politique l'été dernier, j'espère faire état de la volonté de notre gouvernement de modifier l'avenir en nouant des relations reposant sur la confiance, le respect et le droit inhérent des peuples autochtones à l'autonomie gouvernementale. L'acte de demander pardon ne constitue ni une fin, ni un commencement, mais une étape du chemin vers la réconciliation et le ressourcement que nous nous engageons à parcourir ensemble.

L'année dernière, à la même période, nous avons franchi l'une de ces étapes lorsque la Commission de vérité et réconciliation du Canada a organisé ses cérémonies de clôture à Ottawa. J'ai eu l'honneur de prendre part à la Marche pour la réconciliation. J'aimerais remercier le juge et désormais sénateur Murray Sinclair, la Commission, et tous les rescapés ayant participé, d'avoir contribué à éclairer ce sombre passé, d'avoir honoré celles et ceux qui ont perdu la vie, et d'avoir montré la direction à suivre.

L'Ontario a déjà fait les premiers pas sur ce chemin, comme en témoigne le rapport que nous publions aujourd'hui, intitulé « Cheminer ensemble ». Il donne un aperçu de la réaction approfondie de l'Ontario aux conclusions et aux appels à l'action de la Commission de vérité et réconciliation. En ce jour, l'Ontario s'engage à oeuvrer en partenariat avec les dirigeants autochtones et leurs communautés en vue de mener 26 nouvelles initiatives qui contribueront à inscrire la confiance et le respect dans nos relations et à apporter perspectives et sécurité dans la vie des Autochtones.

Ces prochaines étapes commenceront par des efforts visant à aider chaque personne dans la province à comprendre la vérité sur notre histoire, comme je l'ai fait aujourd'hui. Nous sensibiliserons l'ensemble de la population ontarienne aux horreurs du système des pensionnats, aux trahisons des gouvernements du passé, ainsi qu'à nos droits et responsabilités en vertu des traités, puisqu'en Ontario, nous sommes toutes et tous liés par les traités. Ces efforts comprendront les travaux que nous réalisons pour veiller à ce que notre programme d'enseignement apprenne à chaque enfant ontarien la vérité sur notre passé, et ce que cela signifie aujourd'hui pour chacun et chacune d'entre nous.

En complément d'autres mesures visant à commémorer les victimes et sensibiliser la population ontarienne, le ministre Zimmer compte déposer aujourd'hui un projet de loi qui proclamerait la première semaine de novembre « Semaine de reconnaissance des traités ».

En outre, le rapport « Cheminer ensemble » présente et améliore des programmes ayant pour but de combler les écarts en matière de perspectives et de mettre fin aux cycles intergénérationnels de traumatismes. Il oriente nos actions pour amplifier les voix autochtones dans l'administration de la justice et créer un système de justice réceptif aux principes juridiques, à l'autonomie et aux cultures des Autochtones. Dans la mesure où les langues et cultures autochtones sont vitales non seulement pour le bien-être des communautés, mais aussi pour le processus de réconciliation en lui-même, nous prendrons un certain nombre de mesures pour aider les communautés autochtones à protéger et promouvoir le savoir, les langues et les récits oraux traditionnels. Enfin, nous rebaptiserons le ministère des Affaires autochtones « ministère des Relations avec les Autochtones et de la Réconciliation ».

Les engagements pris par l'Ontario dans le rapport « Cheminer ensemble » sont appuyés par un investissement de plus 250 millions de dollars sur les trois prochaines années. Cependant, les promesses de financement ne peuvent en aucun suffire à effacer des générations de racisme et d'abus.

Pour ce faire, nous devons véritablement tirer des leçons de notre passé. C'est pourquoi nos programmes et mesures seront élaborés et évalués en étroite collaboration avec les communautés autochtones, et ce, dans la franchise et le respect. Par ailleurs, nous oeuvrons pour intégrer le point de vue des sages et des jeunes autochtones dans le processus décisionnel pangouvernemental, car la réconciliation ne saurait être compartimentée. Il s'agit d'un cheminement que la société et le gouvernement doivent faire dans leur ensemble. Par conséquent, nous travaillerons également en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral du Canada, dont les engagements aux fins de la réconciliation sont aussi encourageants qu'essentiels pour notre succès.

Nous sommes conscients que nous essuierons des revers en parcourant ce chemin, en désapprenant les modèles hérités des générations précédentes et en leur substituant des relations nouvelles et saines. Mais ces revers n'entameront pas notre détermination à avancer de concert pour établir un climat de confiance, de conciliation et d'amitié. Nous ne voyons pas la réconciliation comme une corvée dont il faut se débarrasser, mais comme une mission à accomplir convenablement.

Monsieur le Président, chers concitoyens et concitoyennes ontariens et partenaires autochtones, le temps de nier le passé et de refuser de voir la vérité en face est révolu. Notre responsabilité envers nos partenaires autochtones est inscrite dans nos lois et dans nos valeurs en tant que Canadiens et Canadiennes. Nouer des relations empreintes de confiance et de respect avec les peuples autochtones, et prendre des mesures pour mettre fin aux cycles intergénérationnels de traumatismes et d'inégalités, voilà quelles sont nos tâches actuelles. Un jour, elles feront partie de l'histoire.

En prenant ensemble ces mesures afin de construire un pays fidèle à ses lois, à ses valeurs et à sa réputation de force bienveillante dans le monde, nous empruntons une voie qui nous lie aux autres générations. Nous défaisons le mal causé par notre passé pour créer une société dans laquelle les futures générations d'Autochtones et de non-Autochtones pourront marcher côte à côte, sur un pied d'égalité, et vivre dans la paix et l'harmonie sur des terres que nous partageons désormais.

En cheminant ensemble, nous ne faillirons pas.

Chi miigwetch; nia:wen; marsi; merci.

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